Stresser moins pour gagner plus !

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Anti stress

Ce matin, un livreur est venu me livrer un lourd colis.

Ce qui m’a surpris c’est qu’il était visiblement très stressé, très pressé. Il fallait aller vite ! Ce qui lui a fait faire un geste maladroit, le colis était fragile pourtant (rassurez-vous, il n'a rien - le colis, car le livreur lui... il avait quelque chose.)

J’aurais voulu lui proposer un verre d’eau et un fruit pour qu’il se remette de cet effort et avoir plus d’énergie pour la suite de sa tournée, mais je n’ai pas eu le temps de lui proposer, il était déjà reparti.

Pas le temps, pas le temps. J'ai l'impression d'entendre un célèbre lapin blanc : "En retard, toujours en retard !"

J’aurais dû être livré hier. Il n’y est pas arrivé, probablement car il avait une liste de colis à livrer trop longue pour cette journée. A-t-il eu son mot à dire ? Ou a-t-il reçu sa liste du jour avec le camion rempli, et hop ? Son manqué d’hier a peut-être aussi augmenté son stress en pensant que j’allais peut-être l’enguirlander pour m’avoir posé un lapin (blanc encore ... "en retard") hier... J’avais attendu, reporté une sortie prévue...

Stressé pour … livrer un colis.

Une simple boîte en carton. L’exercice ne devrait pas être stressant. Lorsque je déplace un carton chez moi je ne me me mets pas en état de stress comme ça. Alors pourquoi fallait-il que cet homme soit tant stressé ?

Ça a toujours été un questionnement pour moi de voir dans les compétences encensées au boulot, parfois évaluées dans des fiches d’entretiens annuels, la « gestion du stress » ou, mieux encore, la « résistance au stress ».

Ces entreprises explicitent ainsi pour acquis que « chez nous, vous allez stresser ! ». Ça serait bien en ce cas de voir ces exigences sur les fiches de postes pour leurs recrutements : « résistance au stress élevée attendue, car ici, nous sommes sous pression assez souvent, voire en permanence ! ».

Combien de formations existent aussi pour « gérer son stress », pour accompagner cet encaissement terrible ? Où on apprend principalement à ... respirer, pour se dé-tendre.

Vous aimez stresser ?

Un médecin du travail m’avait demandé un jour mon niveau de stress, sur 10. J’en étais à 8. Élevé, oui, je ne suis pas insensible à la pression (ma "résistance" à ses limites). Elle m’a alors appris quelque chose en me disant cette phrase simple :

« Il n’y a pas de bon stress. »

Ah ? Pourtant j’avais tellement entendu que le stress permettait au corps d’atteindre des registres inexploités, permettait à l’acteur de bien préparer son arrivée en scène, etc.

« Non, il n’y a pas de bon stress pour le corps humain. ».

Donc notre corps souffre à chaque fois qu’il stresse, même si une bonne dose d’adrénaline nous permet d’avoir un réflexe salvateur, il aura quand même été un peu détruit au passage.

Alors pourquoi, si la médecine mesure qu’il n’y a pas de bon stress, mettons-nous en avant des formations pour « résister au stress » subit dans nos entreprises ?

Ne faudrait-il pas plutôt créer des conditions pour qu’il n’y ait plus de stress au travail ? Sauf pour quelques conditions extrêmes où des vies humaines sont en jeu (incendies, urgences médicales, opérations très délicates...), conditions dans lesquelles ne rentrent pas 98% des gestes quotidiens de la plupart d’entre nous, à commencer par livrer un colis.

Soigner le problème à la source me semble plus efficace que de pallier aux symptômes, nombreux, que nous pouvons observer sur notre corps, en tentant de respirer un peu de temps en temps, avant de replonger, en apnée souvent, dans ce stress infernal.

Je l’ai déjà fait, ça marche très bien.

Souvent c’est même très simple à mettre en place.

Prenons ce livreur de colis : alléger le nombre de colis à livrer par jour ; intégrer dans l’estimation de trajet un « pour boire » de 10 minutes pour prendre un verre d’eau ou un café si le client l’invite et inciter le client pour prendre ce temps avec lui, ils pourront discuter ensemble et mettre un peu d’humain dans leur relation plus qu’éphémère.

Curieusement, j’ai observé à plusieurs reprises qu’une équipe qui obtient de bons résultats mais qui ne stresse pas, ça leur est reproché.

Ils ne stressent pas assez !

Les résultats ? « C’est normal ! Ils sont payés pour ça. ». Sans stresser ? C'est intolérable ! Le stress serait donc à livrer absolument avec les résultats ? Parfois même, on va féliciter une équipe parce qu'elle a bien stressée en excusant des résultats qui ne sont pas bons. "C'était difficile, bravo, vous en avez bavé ! À l'impossible nul n'est tenu !", et les autres d'en face qui ont de bons résultats en restant zen : "C'était trop facile, ils n'ont aucun mérite...". Le talent de stresser occulte le talent d'y arriver.

En contrepartie de cette attitude équilibrée, les maîtres du Zen n’avaient pas autant d’augmentation que ceux qui en bavent sous pression.

Ce traitement de faveur est bien généreux, oui ! Ceux qui touchent plus pourront dépenser ça en soins médicaux plus tard, massages, médicaments, tisanes zen, ce n’est pas ça qui manque dans notre société qui a toujours préféré guérir que prévenir, ça crée de l'emploi.

Donc l'adage à la mode qui semble l'emporter c'est : "Stressez plus pour gagner plus !"

Je préfère personnellement stresser moins, donc pour ... gagner moins.

Mmm… Pas sûr de remporter des élections avec un tel slogan. Inversons un peu la phrase pour voir :

Gagner plus en stressant moins !

Ça me plaît mieux ainsi !

Plus de quoi ? De bien-être, de durée de vie, de meilleure ambiance avec mes collègues et avec ma famille lorsque je rentre bien plus détendu, d’énergie pour faire de belles choses, donc de beaux résultats aussi, de sourires à partager, de verres d’eau à boire chez mes clients après avoir livré un lourd colis ! La liste est longue encore...

Vous y ajouteriez quoi vous ?

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